samedi 1 novembre 2008

Des clichés dans Carnet de Guerre ( ou pourquoi il y a certaines ficelles à respecter )

Pour rebondir sur le commentaire de Mierin, un tout petit post sur l'utilisation des clichés, poncifs et autres ficelles scénaristiques classiques. Parce que PaxEU, ça reste un récit de guerre et comme tous les récits de ce genre y a quelques trucs qui DOIVENT revenir, à mon sens, quitte à faire grimacer le lecteur qui se dit "Aaah, bah tiens, comme d'habitude !". Deux exemples importants et ultra-classiques.

Le premier cliché qui est en fait devenu une règle à part entière, c'est le coup du soldat qui sort une photo de sa copine juste avant la bataille et dit à ses potes : "Regardez, elle est enceinte alors on va se marier et s'acheter une petite maison dans la prairie à côté des Ingalls on élèvera des moutons et des chiens et je cultiverai des tomates jusqu'à la fin de mes jours heureux et paisibles, à 90 ans". Là, vous pouvez être sûr que le type, dans 20 pages / 10 minutes, il est mort ^^. C'est évidemment une grosse ficelle - que dis-je, un câble, un treuil ! - pour rendre le bougre sympathique afin de rendre sa mort tragique et inconsolable pour le lecteur, utilisée en général parce qu'on a pas pu/voulu développer le perso avant et qu'on aimerait que sa mort ne passe pas complètement inaperçue. Tous les films de guerre jouent dessus (le Soldat Ryan l'utilise d'ailleurs sans vergogne), à tel point que dans nos parties de jeu de rôle, quand on commençait à avoir la lose y en avait toujours un pour dire "Hé, tiens, je vous avais déjà montré la photo de ma copine ?" et l'autre de répondre : "Arrête, merde, ça porte malheur !!".

Nous avons donc affaire à une vraie superstition : parler de sa famille/copine juste avant de partir au combat, ça apporte le mauvais œil. Alors, telle la marque noire des pirates, l'échelle de tout un chacun, la femme à bord des marins, les chats noirs et autres conneries, le soldat a-t-il la poisse avec ce phénomène. Il était donc normal que j'use de ce procédé au moins une fois, et je ne m'en suis pas privé, sous divers angles d'attaques. Aussi, si la discussion entre Gaël et Christophe sur leur mère alors qu'ils font leur courrier vous paraît suspecte, vous ne rêvez pas, j'annonce la page nécrologique.

L'autre élément scénaristique essentiel d'un texte comme Carnet de Guerre, c'est le méchant increvable. Il doit passer pour mort et revenir au moins une fois à la grande stupéfaction de tous - sauf du lecteur, bien entendu. Après, il y a increvable et increvable. L'Agent Smith est increvable, il revient après avoir soi-disant disparu dans le un puis est éliminé pour deux bon la deuxième fois. Jason le tueur psychopathe masqué, est increvable, il revient 10 fois (sisi, Jason X existe, et ça n'a rien de porno) plus une onzième pour affronter Freddy, autre génie de l'increvabilité, il revient même dans l'espace après avoir été cryogénisé (sisi, dans Jason X justement). Il y a une différence entre les deux, saurez-vous la distinguer ?

L'Archange est donc le traître increvable qui survit aux flammes de l'enfer, certes, il revient d'entre les morts MAIS je ne pousse pas mémé dans les orties, une fois ça suffit. Donc gros spoiler : NON, l'Archange ne sera pas dans le tome 4. Dommage, hein ? Alors pourquoi l'avoir mis ? Pourquoi ne pas avoir sorti d'autres méchants ? Parce qu'il en faut au moins un, c'est comme ça. Notons que c'est le seul, et que peu de gens sortent du coma dans CdG...

N'oublions pas l'instructeur sadique ! Que serait les scènes de caserne sans l'instructeur sadique ? J'en montre deux facettes dans le texte : le sadique sympatoche qui finalement gueule fort mais ne mort pas (cf : l'instructeur Miguel exagérant face à l'"observateur" américain - clin d’œil personnel à full Metal Jacket mais discret puisque sans le langage coloré), et le vrai sadique pervers, côté slaviste, qui harcèle Youri tout du long et tue quelques types à l'entraînement et par "accidents" (notons que l'instructeur est là encore étranger, puisqu'il est... Européen). On est toujours plus chiant à l'étranger, même si on s'en rend pas compte.

Cela dit, et contrairement au sergent de "Furies" qui est là "pour le fun", l'exemple de Cooper n'est pas totalement gratuit. A travers l'image de cet européen félon, on peut voir l'image du militarisme à l'excès de l'Eurocorps (version PaxEU, j'entends) poussé jusqu'au bout et sans la bride qui habite encore les EUE. Je pense que Cooper fait relativiser le militarisme autoritaire que vivent Erwin et ses amis lors de leurs entraînements éreintants, tels qu'on peut les voir clairement dans "Les Etoiles et la Rose des Vents" où l'instructeur attend de ses hommes qu'ils dépassent leur condition pour devenir des surhommes, des machines. Cooper, c'est la machine de guerre rigoureuse poussée à sa pire extrémité, jusqu'à la folie. Finalement, des fous de guerre, il n'y en a pas tant que ça, même Peterson n'est pas dingue. Cooper lui, c'est l'absurdité, la violence pour la violence. En faire un mercenaire montre bien qu'il ne sert même plus une cause, il est dans le combat pour le combat.

J'(ab)use aussi du syndrome Thimoty Zahn : les héros ont tendance à se retrouver tous au bon moment (ou mauvais, comme on l'entend) au même endroit grâce au hasard et aux coïncidences (je pense notamment à la deuxième bataille de Tirana quand les fuyards suivant Gabriel Stan retrouvent tout le Bataillon Furie venu officieusement récupérer le carnet). Mais en même temps, c'est une fiction, et une fiction sans heureux hasard, ça peut vite devenir chiant. J'ai donc décidé de forcer parfois les coups de bols, mais j'assume parce que ça me permet d'aller vite et efficacement sur des points qui seraient desservis par une longue et lourde explication rationnelle sur le pourquoi du comment tout arrive comme il faut. Hé ho, la chance, aux dernières nouvelles, ça existe encore !

Autre syndrome qui peut passer pour un cliché : l'armée russe est inépuisable. C'est en tout cas l'idée que l'on peut s'en faire en lisant les trois tomes, elle déferle littéralement et rien ne semble pouvoir l'arrêter. C'est en fait une exagération du vieux mythe de l'armée russe imbattable et à effectif illimité, grandement entretenu par la victoire en 45. Cela dit, en 45, l'armée rouge était exsangue, et il en va de même dans PaxEU. L'illusion est maintenue car on voit la guerre du point de vue européen, le point de vue qui voit des Miest de tous les côtés, des chars, des flots d'hommes... Dans le texte "Honneur et Patrie", le point de vue russo-asiatique nous apprend qu'en réalité, derrière les premières lignes, la Russie Indépendante n'a... rien d'autre ! La tactique bourrine russe est un énorme coup de bluff qui va éclater lors de sa capitulation officielle après Lunaris. Les Européens se rendent alors compte qu'une simple brèche dans le front russe leur aurait éventé la réalité et qu'ils ont reculé devant une façade. Cet état de fait ne se fera cependant qu'après les Bombardements nucléo-kalanique, donc dans le tome 4.

Alors la grande question est de savoir si ces éléments "classiques" passent ou ne passent pas... Ça, c'est à vous de voir !

1 commentaire:

Magali a dit…

Oui je vois un clown avec des gros cheveux frisés O_O
Ou un brocoli génant, à voir -_-'
Cet article est passionnant (et très drôle par endroits, ce qui ne gâche rien à la lecture).
La partie qui m'a le plus interpellée est sans doute celle qui traite des "heureux hasard". Il pourrait être intéressant d'en discuter un peu sur le forum-que-tu-sais.
Puis il y a une vraie intelligence dans l'utilisation de tes références, par exemple celle de l'armée russe.
Un vrai plaisir, ce blog...