samedi 9 juillet 2011

Texte Inédit : Green Reborn

Dans la veine de l'interview croisée sur le Kalanium, voici une interview de Victor Wilem, premier président des Etats Unis d'Europe, qui s'exprime sur le le Projet Green Reborn. Cet élément de l'univers m'intéresse beaucoup, notamment dans ma pratique des "inversions" de rôles, ici en l'occurence, le basculement du statut de première puissance mondiale des USA aux EUE provoquant le basculement de "projet d'avenir" de l'Union Européenne à l'Union Africaine. Le cycle historique se répète... Quant aux thèmes abordés, disons qu'ils sont... d'actualité !
Green Reborn

Green Reborn : « Garantir la souveraineté des Africains en Afrique comme nous avons garanti la souveraineté européenne en Europe »
                                             
Après le vote du Parlement Européen d’une proposition sans précédent visant à investir massivement dans l’économie africaine, le Ministre des Affaires Etrangères a annoncé la tenue d’un Colloque à Pretoria pour appeler au renforcement de l’Union Africaine et au lancement du Projet Green Reborn. Lors de son intervention télévisée du 11 avril, le Président Victor Wilem a justifié l’intervention économique européenne sur le continent noir comme le prolongement naturel de la fédération et a rappelé le fondement humaniste des Etats Unis d’Europe. Il a accepté de revenir sur le sujet en répondant à Alexander Vlassis pour le Federal Post Journal.

Alexander Vlassis : « Bonjour, monsieur le Président. Tout d’abord, pourquoi lancer l’idée de Green Reborn aussi vite après le Millenium Crash ? Est-ce en rapport avec la Fédération des Etats Unis d’Asie en février, et la peur de voir un nouveau monde bipolaire se créer ?

Victor Wilem : Bonjour, monsieur Vlassis. Tout d’abord, un monde bipolaire n’arrivera plus, il sera multipolaire. Des Grands Blocs vont émerger, le Millenium Crash ne tuera pas l’ascension phénoménale de l’Inde, du Brésil…Ce n’est qu’une question de temps. La menace économique des Etats Unis d’Asie n’est d’ailleurs pas imminente, contrairement au danger social, sanitaire et humain qui guette dans les Régions Sud de notre Fédération. La création des Etats Unis d’Europe a provoqué un dramatique appel d’air, les Régions Italienne, Française, Espagnole, Portugaise, et même Grecque font face à un exode massif tel que jamais encore nous en avions vu. Les gens convergent de partout pour rejoindre notre Eldorado Européen, aujourd’hui plus que jamais, parce que nous sommes la nouvelle superpuissance mondiale, et que notre économie et la meilleure du globe. C’était déjà en marche avant le Millenium Crash, cela explose aujourd’hui dans des mesures dramatiques malgré les efforts de la nouvelle Garde Côte Européenne. Mais ce n’est pas en repoussant les assauts désespérés de personnes rêvant d’un monde meilleur que nous les retiendrons chez eux, ils continueront d’essayer, encore et encore, mourant par vagues sur nos rivages. C’est inadmissible.

AV : Vous préconisez l’ouverture des frontières et l’européanisation de tous les étrangers en faisant la demande ?

VW : Absolument pas ! Ce serait du suicide ! Lorsqu’un canot de sauvetage est surchargé, il coule, et tout le monde meurt. Non, il faut se poser la question : Pourquoi viennent-ils aux Etats Unis d’Europe ? Le climat capricieux ? La population de plus en plus hostile à leur présence ? Bien sûr que non. Ils cherchent des conditions de vie meilleures, humaines, de vrais salaires, et accéder au consumérisme. C’est malheureux mais c’est comme ça, comment les blâmer ? Ils sont abreuvés par les mêmes publicités odieuses que nous, à ceci près que nous en sommes devenus complètement blasés, car contrairement à eux, nous vivons dedans depuis toujours, et nous nous rendons compte que cela ne nous rend pas forcément plus heureux. D’un autre côté, c’est un confort que nous ne renierions pour rien au monde, et si le consumérisme ne fait pas le bonheur, il ne fait pas toujours le malheur non plus. La solution est dans la demi-mesure, la raison, mais les gens qui affluent aux E.U.E. ne doivent pas le découvrir en arrivant sur place.

AV : Vous voulez… éduquer les immigrants ?

VW : Non ! Pas du tout ! Là où je veux en venir, c’est que ce que les immigrants cherchent, ils le cherchent chez nous car c’est là qu’on le trouve. La solution c’est de faire en sorte qu’ils l’aient chez eux. Favoriser ces populations, leur donner l’accès à ce qu’ils cherchent chez nous, ce bien être, ce niveau de vie. Mais pas en ouvrant des Hesburger à travers le Tiers-Monde et en exportant Euro-Cola à tour de bras ! Ce ne sont pas les produits qu’il faut leur apporter, mais les moyens de se les procurer. Et pour commencer, il est à mon sens urgent d’investir massivement pour créer une véritable économie africaine.

AV : Mais beaucoup de nations et superpuissances ont déjà investi dans l’Afrique, avec le résultat qu’on connaît.

VW : Ils ont investi dans des pays africains, là est la nuance. La signature du Traité pour le Renforcement de l’Union Africaine est une des conditions sine qua none pour que cela fonctionne. L’Union Africaine existe depuis 2002 dans sa forme actuelle, mais elle est faible, n’a aucun réel pouvoir. Il faut inverser la tendance et lui donner un rôle central de coordination, afin qu’une entité solide et durable ait assez de poids pour diriger la nouvelle économie africaine. Une fois qu’une tête a été forgée, nous pourrons lui donner des bras, et c’est là que le Projet Green Reborn intervient.

AV : C’est un projet de remodelage de l’économie africaine dans son ensemble ?

VW : Economie, industrie, agriculture. Green Reborn va permettre la création de grands centres de désalinisation de l’eau de mer et la construction de pipe-line pour acheminer l’Or Bleu à travers les terres cultivables. L’assemblage de grandes serres de cultures, de programmes de recolonisation du désert là où il a regagné du terrain. Diverses tentatives ont été lancées au niveau national par des organisations diverses, généralement non-gouvernementales et donc des moyens non-gouvernementaux, il est temps de créer un grand plan à l’échelle continentale, avec une coordination unique. L’Union Africaine renforcée aurait ce pouvoir de gestion.

AV : Mais ne serait-ce pas revenir, sous couvert de bonnes intentions, à l’Europe colonisatrice qui a fait tant de dégâts à la fois en s’installant, et en repartant ?

VW : S’installer en Afrique, occuper le territoire, gérer Green Reborn depuis l’une de nos huit capitales et imposer toute décision aux Africains pour, au final, en tirer tous les profits, serait revenir à l’Europe colonisatrice. S’assurer que le programme sera géré par l’Union Africaine, et je parle d’une U.A. au pouvoir effectif et décisionnel, afin de garantir la souveraineté des Africains en Afrique comme, durant la crise chypriote, nous avons garanti la souveraineté européenne en Europe, ce n’est pas la même chose.

AV : Mais les Etats Unis d’Europe demanderaient tout de même des garanties ? Des exigences ?

VW : Comme tout investisseur, et ce, qu’il injecte ses fonds dans un pays riche ou pauvre. Toutefois, les exigences doivent être de l’ordre du rendement agricole. L’Europe doit contrôler rigoureusement les progrès dans les nouvelles cultures et la gestion de l’eau, notamment, et distribuer les fonds en conséquence, comme elle le faisait en son propre sein du temps de l’Union Européenne. Green Reborn, c’est peu la PAC à l’attention de l’extérieur, du donnant / donnant : Nous investissons en échange d’une garantie que les conditions d’hygiène, de sécurité, de droit des travailleurs et naturellement de rendement soient respectées.

AV : Et c’est tout ? Pas de contrats d’exclusivité ? Pas de taux d’intérêt ?

VW : Des intérêts, il y en aura forcément. Et cela sans doute par des accords d’exclusivité ou de préférence sur certains produits Made in African Union. Mais il faut le voir avant tout comme un Plan Marshall Africain. Avant le Crash, déjà, l’Afrique était une zone d’influence disputée pour ses richesses et son potentiel humain. Les Asiatiques, notamment, mais aussi les Arabes. Or, aujourd’hui, nous avons de nouveau Blocs en puissance, comme je le disais, Etats Unis d’Asie aujourd’hui, mais demain ? Les pays arabes, l’Inde, le Brésil… De façon tout à fait pragmatique, la « colonisation » de l’Afrique n’est plus qu’une question de temps, mais il faut nous demander comment nous souhaitons la voir s’appliquer ? Aujourd’hui, les Etats Unis d’Europe ont des moyens colossaux à leur disposition, et je suis convaincu que le Projet Green Reborn serait la preuve que l’on peut être une superpuissance sans forcément être le gendarme du monde. On peut aussi être un bâtisseur d’avenir. Les Asiatiques misent actuellement sur une Afrique morcelée, plus faible, plus facile à exploiter. Plutôt que des flagellations sans fin sur notre culpabilité pour les Colonies françaises, belges, anglaises, allemandes, néerlandaises, et j’en passe, s’il y a bien une seule façon de leur renvoyer la balle de façon utile et constructive, c’est Green Reborn ! Renforcer leur souveraineté, leur prêter les fonds et un cadre pour bâtir une économie capable de résister à la montée des Grands Blocs, c’est leur sauver la vie. Quand tous les continents seront fédérés en Unions d’Etats tentaculaires, quelle sera la place de l’Afrique si elle reste morcelée ?

AV : Mais nous sortons à peine du Millenium Crash, ne pensez-vous pas que l’argent des Européens serait plus utile ici, en Europe ? Ne craignez-vous pas de priver les contribuables européens de leur argent durement gagné après tous ces sacrifices, pour l’engloutir dans un projet qui au final ne fera que nous créer un concurrent de plus ?

VW : La politique de bras de fer que nous menons avec les Etats Unis d’Asie, ça, c’est se créer un concurrent. L’isolement de la Russie – que L’Asie pratique également, ça c’est se créer un concurrent, et je le regrette. Ce sont des erreurs dues aux décisions prises dans l’urgence. Green Reborn, c’est au contraire prendre son temps pour se créer un partenaire. C’est un investissement à long terme, mais en acceptant la fédération de l’Europe, les Eurocitoyens ont fait preuve de vision d’ensemble. C’est la solution à ceux qui se plaignent de voir des « hordes d’immigrés violer nos frontières » comme de ceux qui marmonnent que « Les E.U.E. sont une machine à broyer les peuples ». Nous avons bâti nos Etats Unis d’Europe sur le rêve de Victor Hugo, alors souvenons-nous de ses paroles alors qu’il parlait de notre nation : « Elle sera illustre, riche, puissante, pacifique, cordiale au reste de l'humanité. Elle aura la gravité douce d'une amie... elle aura quelque peine à faire la différence entre un général d'armée et un boucher... Elle s'appellera l'Europe et aux siècles suivants, plus transfigurée encore, l'Humanité » Voilà les idéaux des Etats Unis d’Europe. Je ne demande pas à ce que nous nous sacrifions pour les autres en acceptant tout le monde en dépit du bon sens ou dilapidant tout notre argent à l’étranger sans tenir compte des pauvres en nécessiteux ici-même, en Europe. Mais investir dans l’avenir, un avenir de paix, d’égalité des peuples, de justice, c’est ça qui fait que l’Europe est grande aujourd’hui. Lorsque Hugo déclamait que les Etats Unis d’Europe « défricheraient le globe, et coloniseraient les déserts, améliorant la création sous le regard du créateur, et combinant ensemble, pour en tirer le bien-être de tous, ces deux forces infinies la fraternité des hommes et la puissance de Dieu », il ne parlait pas d’esclavage, d’asservissement et du temps béni des colonies. Il parlait de ça, oui, il parlait de Green Reborn !

AV : Pourquoi les Etats Unis d’Europe doivent-ils être les architectes de ce projet ? Pourquoi ne pas laisser ce gouffre financier à d’autres, si les Etats Unis d’Asie, par exemple, semblent intéressés ?

VW : Evidemment, nous pourrions joindre plusieurs nations dans les financeurs du projet et multiplier exponentiellement les exigences, « intérêts divers » et luttes d’influences néfastes qui paralyseraient Green Reborn plutôt que de le faire progresser. Des grands projets communs comme l’ONU pouvait en lancer jadis ne peuvent fonctionner dans notre monde post-Crash, il est encore trop instable, trop prompt à s’enfoncer dans le chaos lorsqu’il n’y baigne pas toujours. Autrefois, nos moyens étaient très limités, aujourd’hui, nous avons un budget titanesque, et les responsabilités qui vont avec… A nous de les prendre. Nous pouvons nous permettre de partager, car comme nous l’avons vu ce n’est pas un don, c’est un prêt. Mais si c’est ainsi que nous pouvons offrir à notre voisin l’aide nécessaire à sa survie en attendant des jours meilleurs où, placés en face l’un de l’autre, nous nous tendrons la main par-dessus les mers, échangeant nos produits, notre commerce, notre industrie, nos arts, nos génies… Alors qu’attendons-nous ? Si, par avarice ou paresse, nous laissons nos concurrents faire de l’Afrique ce qu’ils veulent, sans garantie que la souveraineté, les libertés, et les droits des Africains soient respectés, nous aurons leur sang sur les mains. Car nous aurons laissé faire, quand nous avions une chance de changer les choses. Gagner les faveurs de l’Afrique est un enjeu pour tout le monde, mais ce qui fait la différence entre le programme européen et les investissements de nos concurrents, c’est l’éthique. Les Etats Unis d’Europe, c’est la victoire de la solidarité dans un monde à la dérive. Apprenons de notre histoire, saisissons les leçons que nous offrent nos erreurs, et tentons de nouvelles choses ! »


Federal Post Journal, 15 avril 2009.

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